Skip to content

01/04/2026

Temps de lecture :11min

Sweco Belgium

Faire fonctionner le CSC : enseignements tirés de projets industriels concrets

Le captage et stockage du carbone (CSC, souvent désigné par l’acronyme international CCUS) est souvent présenté comme une solution clé pour réduire les émissions difficiles à éviter. Mais entre l’intention et la mise en œuvre sur le terrain, le chemin est rarement direct. Qu’est‑ce qui rend la réalisation de ces projets si compliquée en pratique ?

Pour y voir plus clair, nous avons interrogé deux experts Sweco aux profils complémentaires. Andrea Leoni, chef de projet avec une longue expérience de différentes technologies de captage, dirige aujourd’hui l’équipe Industrie de Sweco à Oslo. Joren Monsieur est ingénieur procédés et spécialiste des technologies durables, avec un focus marqué sur les aspects techniques. Dans cet entretien d’experts, ils expliquent pourquoi le CSC est si exigeant et ce qu’il faut réunir pour mener les projets à bien.

 

Transformer l’ambition CSC en réalité opérationnelle

Les briques technologiques du CSC existent depuis de nombreuses années, et pourtant les projets concrets avancent plus lentement qu’espéré. L’écart entre faisabilité technique et déploiement à grande échelle reste important. D’où une question centrale :

Pourquoi les projets de CSC n’avancent‑ils pas au rythme nécessaire ?

Andrea Leoni : Ces projets se heurtent à une combinaison d’obstacles techniques, économiques et réglementaires qui freinent leur déploiement. Le CSC est techniquement complexe et implique l’ensemble du système industriel ; il suppose aussi de considérer le CO₂ autrement que comme un simple déchet sans valeur.

Les entreprises se retrouvent face à des investissements initiaux (CAPEX) et des coûts énergétiques élevés, qui sont souvent peu compétitifs par rapport au prix actuel du CO₂ dans le système européen d’échange de quotas d’émission (EU ETS). Parallèlement, les politiques restent floues, les conditions de stockage ne sont pas toujours garanties et les priorités politiques peuvent évoluer rapidement. Tout cela renforce le risque perçu et rend les engagements difficiles.

On le voit par exemple dans le dernier appel d’offres du fonds danois CCUS 2026 : 9 entreprises sur 10 préqualifiées ont finalement décidé de ne pas déposer de proposition. Dans ce cas, le problème ne tenait pas uniquement au niveau de risque, mais surtout à sa répartition : le cadre transférait une part disproportionnée du risque sur les entreprises. Sans approche plus équilibrée et véritables mécanismes de partage des risques, il devient très difficile de faire aboutir les projets.

Quels obstacles rencontrez‑vous entre l’idée et l’exécution ?

Andrea : Les projets de CSC sont très complexes et doivent être gérés avec un haut niveau de professionnalisme et de rigueur. Ils exigent une grande maturité dès le démarrage, mais cela est souvent sous‑estimé. Résultat : les coûts augmentent au fur et à mesure qu’on avance dans le projet. Nous l’avons constaté sur plusieurs projets norvégiens, où des décisions prises très tôt ont eu des conséquences majeures ensuite.

Un autre point clé, c’est que si l’attention se porte souvent d’abord sur la technologie de captage, beaucoup de risques qui apparaissent en phase d’exécution sont en réalité situés en dehors de l’unité de captage elle‑même, notamment au niveau de l’intégration, du transport et du stockage.

Beaucoup de solutions sont présentées comme des systèmes « en fin de tuyau », faciles à raccorder et quasiment plug‑and‑play, mais la réalité est rarement aussi simple. Sans planification minutieuse et mesures de réduction des risques, intégrer une unité de captage dans une installation existante aura presque toujours un impact sur l’exploitation.

La gouvernance de projet joue aussi un rôle majeur. De nombreux émetteurs sont structurés autour de l’exploitation quotidienne et n’ont pas l’habitude de piloter de grands projets d’investissement. Cela augmente le risque d’exécution. Combiné à des conditions de financement difficiles, cela conduit souvent à des délais de développement très longs.

Joren Monsieur : Selon les informations communiquées par Fluxys début 2024, des exigences très précises s’appliquent à la qualité du CO₂ avant son injection dans le réseau. La teneur en CO₂ doit être d’au moins 95 %. Les impuretés comme l’oxygène (O₂), les NOx, les SOx ou l’eau ne peuvent être présentes qu’à des concentrations très faibles, typiquement quelques dizaines de ppm. Des limites strictes s’appliquent également à d’autres composants, comme le H₂S. Si ces substances sont présentes dans le flux de CO₂, elles doivent être éliminées en amont. Le type et la concentration des impuretés déterminent ensuite la combinaison de technologies de pré‑traitement la mieux adaptée.

Définir la bonne approche

Comment trouvez‑vous la solution technique la plus appropriée ?

Joren : On commence par caractériser précisément le flux gazeux. Lorsqu’un client souhaite mettre en place du CSC sur une installation (par exemple sur des fumées de combustion d’une cheminée), nous examinons :

  • Les débits : quantité de gaz produite et variations dans le temps ;
  • La composition : taux de CO₂, N₂, O₂, NOx, SOx, vapeur d’eau et autres constituants ;
  • La température et la pression du flux ;
  • La variabilité : fluctuations liées aux changements de procédé, aux saisons ou au fonctionnement à charge partielle.

Cela nécessite souvent des campagnes de mesures. À partir de ces données, nous évaluons si le gaz respecte déjà les spécifications du réseau de transport et du site de stockage de CO₂, et dans quelle mesure un pré‑traitement est nécessaire.

Nous étudions ensuite différents schémas de traitement au cas par cas, en regardant à la fois la faisabilité technique et la viabilité économique : CAPEX, OPEX, consommation énergétique, produits chimiques, besoins de maintenance, etc.

La valeur de l’expérience dans les projets de CSC

Quelle est la valeur ajoutée de Sweco à ce stade ?

Joren : Nous accompagnons les projets de CSC de bout en bout, en combinant notre expertise technique, nos compétences en coordination et notre connaissance du marché.

  • Élaboration de concepts intégrés : Nous développons des concepts couvrant l’ensemble de la chaîne CSC : pré‑traitement, captage, compression et raccordement au réseau de CO₂. Plutôt que de traiter chaque étape isolément, nous considérons le système dans son ensemble et l’optimisons globalement.
  • Réseau de fournisseurs et connaissance du marché : Sweco entretient des relations étroites avec les fournisseurs de technologies de CSC et de traitement des gaz, ce qui donne à nos clients une vue claire sur les solutions disponibles aujourd’hui et celles encore en développement.
  • Sélection des technologies : Les technologies sont présélectionnées en phase amont, sur la base de notre expertise interne, selon leur faisabilité technique et leur rapport coût‑efficacité. Cela permet d’avancer plus vite, d’économiser des ressources et de ne solliciter les fournisseurs qu’avec des questions ciblées.
  • Mesures et données (prêtes pour MRV) : Nous planifions et supervisons des campagnes de mesure pour caractériser les flux de gaz, leurs variations et leur origine (y compris la traçabilité des intrants et la part biogénique vs fossile lorsque c’est pertinent). Les données recueillies sont traduites en spécifications de conception et en jeu de données prêt pour MRV (Measurement, Reporting, Verification), afin de prouver l’éligibilité du captage et retrait de CO₂ (Carbon Dioxide Removal, CDR), quantifier le potentiel de réduction et soutenir la performance du projet.

Andrea : En tant que bureau d’ingénierie‑conseil, nous agissons comme partenaire de confiance : nous maîtrisons la technologie et faisons le lien entre les émetteurs et les fournisseurs de solutions.

Les entreprises concentrent souvent leurs efforts sur leur propre périmètre et l’interface avec le fournisseur. Or, le CSC impose une vision globale de l’impact sur l’ensemble de l’usine. Il est tout aussi essentiel de savoir comment intégrer une solution avec un impact minimal, voire nul, sur l’exploitation. Les exigences locales peuvent ajouter un niveau de complexité supplémentaire, mais avec une planification rigoureuse et les bonnes compétences, ces risques peuvent être gérés efficacement.

Le saviez‑vous ? Capturer du CO₂ produit de la chaleur… qui peut servir à chauffer des habitations.

Au Danemark, tous les émetteurs retenus dans le cadre du dispositif de soutien CCUS sont raccordés à des réseaux de chaleur urbains.

Les technologies de captage à base d’amines sont exothermiques : elles produisent plus de chaleur résiduelle qu’elles n’en consomment pour le captage. Cette chaleur est de basse température (environ 30–60 °C), mais elle peut être valorisée et injectée dans le réseau de chaleur via des pompes à chaleur.

En tenant compte de l’énergie nécessaire pour alimenter à la fois l’unité de captage et les pompes à chaleur, l’énergie additionnelle nette pour faire fonctionner l’installation de captage devient quasi nulle.

Avec le recul, quelles leçons clés retenez‑vous pour augmenter les chances de succès des futurs projets ?

Andrea : Avant tout, il faut s’entourer de la meilleure équipe possible pour piloter ces projets complexes, et investir dans la culture de projet au sein de l’organisation.

Il est tout aussi crucial de définir une stratégie… et de s’y tenir. Les projets de CSC peuvent mettre des années à passer de l’étude de faisabilité à la décision finale d’investissement (FID), puis à la construction. Il est essentiel de respecter l’ordre des étapes. Il faut consacrer suffisamment de temps à la faisabilité pour explorer les options, s’assurer que la solution retenue est vraiment optimale et éviter de se retrouver trop tôt enfermés dans un choix technologique unique.

Comprendre quelles exigences tirent la complexité, les délais et les coûts – et d’où elles viennent – est indispensable. Une approche de développement de projet structurée par phases et jalons permet justement de maîtriser ces risques et de garder le projet sur les rails.

Enfin, il faut viser la continuité au sein de l’équipe projet. Sur un projet, l’avocat externe plaisantait en disant qu’il était le membre de l’équipe présent depuis le plus longtemps. Avoir une équipe forte, présente dès le premier jour et stable dans la durée, est déterminant pour préserver l’intégrité du projet et garder la main sur les décisions.

Contactez nos collègues si vous souhaitez en savoir plus sur le CSC :

andrea.leoni@sweco.no

joren.monsieur@swecobelgium.be

Other news

Transition industrielle, Zéro carbone, Expert Talk01/04/2026

Faire fonctionner le CSC : enseignements tirés de projets industriels concrets

En savoir plus

New national hockey stadium ready for the 2026 World Cup
Bâtiments à faible impact30/03/2026

Le nouveau stade national de hockey prêt pour la Coupe du Monde 2026

En savoir plus

aerial image of the UZ Gent university hospital campus
Zéro carbone, Transports durables et mobilité, Villes de demain, Bâtiments à faible impact, Soins de santé et bien-être30/03/2026

L’UZ Gent construit les soins de demain avec « Project U »

En savoir plus

Inscrivez-vous à notre newsletter

Recevez des mises à jour sur des projets innovants, des solutions durables et des analyses exclusives de Sweco. Abonnez-vous dès maintenant et participez à la transformation de demain.
  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.
    Vous pouvez retirer votre consentement à tout moment via le lien de désinscription dans nos e-mails.