Retour à Grand Hôpital de Charleroi 15 mois après l’ouverture – partie 1
Fin 2024, le Grand Hôpital de Charleroi (GHdC) a inauguré le Centre Hospitalier des Viviers. Sweco‑Réservoir A est intervenu comme partenaire en architecture et ingénierie sur ce projet d’envergure, lancé il y a plus de dix ans. Celui‑ci a impliqué une refonte en profondeur du projet médical et de l’organisation hospitalière du GHdC. Cinq sites hospitaliers historiques du centre‑ville ont ainsi été regroupés sur un nouveau site implanté sur un terril, donnant naissance à un centre de soins de 154 000 m², idéalement situé au croisement de grands axes de mobilité et à proximité de zones de soins stratégiques.
À travers le Centre Hospitalier des Viviers, le GHdC poursuivait un double objectif : améliorer la qualité des soins et gagner en efficacité organisationnelle. Quinze mois après l’ouverture, nous retournons au Grand Hôpital de Charleroi pour échanger avec différents acteurs du projet. Quel impact le site des Viviers a‑t‑il eu sur l’hôpital et sur le projet médical ? Comment les parties prenantes et les utilisateurs finaux perçoivent‑ils le processus de conception et de réalisation ?
Nous rencontrons Gauthier Saelens, directeur général du Grand Hôpital de Charleroi (GHdC).
Le site des Viviers est désormais plei-nement opérationnel. Si vous deviez, en quelques mots, présenter le Grand Hôpital de Charleroi tel qu’il s’exprime aujourd’hui dans ce nouvel hôpital, comment le définiriez-vous ?
Gauthier Saelens: Le nouvel hôpital est véritablement le vaisseau amiral de notre organisation. Nous avons encore deux autres structures hospitalières plus petites : Notre-Dame, où sont maintenues certaines activités comme la polyclinique, les soins aux personnes âgées ou la santé mentale, et le centre Charles-Albert Frère, qui accueille la pédopsychiatrie. Mais toute l’activité aiguë, technique, médico-technique est désormais concentrée ici, sur un seul site, les Viviers. C’est pour cette raison que j’emploie le terme de « vaisseau amiral » : c’est le centre de gravité de l’ensemble. Cela ne signifie pas pour autant que les autres sites sont négligés, au contraire, ils restent essentiels dans notre écosystème.
L’opération autour du nouvel hôpital a toujours été présentée comme un levier de transformation globale du Grand Hôpital de Charleroi. Dans quelle mesure ce projet a-t-il transformé l’iden-tité même de l’établissement ?
G.S.: Le simple fait de concentrer la majorité de nos activités sur un lieu unique représente un changement organisationnel profond. Avant, nos équipes étaient réparties sur plusieurs sites ; aujourd’hui, elles se croisent, travaillent et déjeunent ensemble. Cette réorganisation en un lieu unique a redessiné nos modes de collaboration. Gérer cinq sites, chacun avec ses spécificités, ce n’est pas du tout la même chose que gérer une grande structure centrale accompagnée de deux plus petites. Pour donner un ordre de grandeur : sur nos 4 800 collaborateurs au total, 4 200 travaillent ici, sur le site des Viviers. C’est un changement de paradigme complet, avec une synergie beaucoup plus forte entre les disciplines médicales, chirurgicales et soignantes.

Ce regroupement des activités répondait à une vision straté-gique dès le départ. Quels sont les bénéfices que vous obser-vez aujourd’hui ?
G.S.: Le premier bénéfice, celui que nous cherchions avant tout, c’est l’amélioration de la qualité de nos prestations. Quand un patient arrive aux urgences avec une situation complexe, tous les professionnels nécessaires sont sur place, dans le même bâtiment. Nous avons déjà vécu, dans les premières semaines, des situations très concrètes où cette proximité a permis de sauver des vies. La deuxième avancée, c’est le confort : les patients bénéficient de chambres plus spacieuses, de circulations mieux pensées, d’une ambiance plus apaisante. Le troisième apport, c’est celui de la durabilité. Comparé aux bâtiments des années 60, nous avons fait un bond en matière de performance énergétique : récupération des eaux de pluie, meilleures isolations, dispositifs économes… Et enfin, bien que ce soit encore en cours, il y a une rationalisation économique attendue. Pour l’instant, nous surconsommons un peu en ressources humaines et matérielles, le temps de finaliser nos organisations. Mais l’objectif est d’atteindre rapidement une meilleure efficacité, sans suppression de postes : il s’agira d’une adaptation naturelle du cadre du personnel.
La gestion des ressources humaines a-t-elle évolué à la faveur de ce projet ? Avez-vous constaté un impact sur l’attractivité du site, notamment pour le personnel médical ?
G.S.: L’impact ne s’est pas fait attendre. Déjà plusieurs mois avant l’ouverture, de jeunes médecins nous disaient qu’ils postulaient chez nous en raison du nouvel hôpital. Pas seulement parce qu’il est neuf et esthétique, mais surtout parce que tout y est réuni : toutes les disciplines, toutes les pathologies, tous les services. Cela crée un environnement de travail riche, stimulant. Côté personnel soignant, c’est plus progressif, car les équipes ont été bousculées : changements d’horaires, fusions de services, nouveaux protocoles… Mais la situation se stabilise et je suis convaincu que cette stabilisation va peu à peu renforcer aussi l’attractivité pour les infirmiers et les autres professions paramédicales.
Vous avez souvent évoqué le rôle de l’hôpital comme acteur de son territoire. En quoi l’implantation du site des Viviers permet-elle un ancrage renouvelé avec la ville et la région ?
G.S.: Le premier point, c’est que nous sommes restés à Charleroi ; plus précisément, nous avons réinvesti le bassin Est, notre ancrage historique. Ensuite, nous constatons que le quartier évolue. De nouvelles voiries ont été créées, des commerces commencent à s’implanter, des transactions immobilières s’accélèrent. Cela montre que le site des Viviers agit comme catalyseur : il attire du monde, donne envie de s’y installer, aussi bien des membres du personnel qui cherchent à vivre plus près de leur lieu de travail, que des entrepreneurs qui perçoivent le potentiel économique du quartier. Je pense que cela va jouer un rôle majeur dans la transformation d’une zone qui, jusque-là, n’était pas très favorisée.
La deuxième avancée, c’est le confort : les patients bénéficient de chambres plus spacieuses, de circulations mieux pensées, d’une ambiance plus apaisante.
Gauthier Saelens, directeur général Grand Hôpital de Charleroi
Quel est l’impact de ce projet sur la perception du Grand Hôpital de Charleroi par les usagers ?
G.S.: Dans les premières semaines, nous avons reçu des retours contrastés. Certaines personnes ont été déstabilisées : l’hôpital est bien plus grand que ce qu’elles connaissaient, les repères ont changé, les parkings, les circuits, les inscriptions, tout est très différent ! Et pour des patients fidèles de longue date, c’est parfois difficile. À l’inverse, d’autres, souvent plus jeunes ou découvrant l’établissement, ont trouvé ce nouvel outil formidable. Il faut bien comprendre que tout le monde est en apprentissage. Le personnel apprend à fonctionner dans un nouvel environnement, et les patients apprennent eux aussi à s’y repérer. Ce que nous avons entendu beaucoup, c’est la fierté d’avoir un hôpital de cette envergure à Charleroi. Une dame m’a dit un jour : « un hôpital comme ça, on pensait que c’était réservé à Bruxelles ou ailleurs… Pas ici. » Cette réflexion, pour moi, résume beaucoup !
Cette structure a été pensée pour rester agile face aux crises. Avez-vous aujourd’hui le sentiment que ce nouveau cadre est préparé à affronter l’inattendu ?
G.S.: Je crois que nous avons la structure pour affronter l’inattendu. Évidemment, nous ne savons pas de quoi sera faite la prochaine crise : nous pensons toujours à la précédente, au Covid, à une crise économique, à une chute soudaine d’activité dans un service… Mais dans tous les cas, je suis confiant dans la capacité d’adaptation de notre institution. Cette agilité fait désormais partie de notre ADN.


C’est un projet extraordinaire, une aventure professionnelle qui ne se vit pas souvent. L’architecture et les espaces ont un impact très fort sur l’organisation du travail. Nous avons maintenant un outil de travail magnifique, au service des patients et des professionnels.
Véronique Guilmot, directrice des ressources humaines Grand Hôpital de Charleroi
Le projet architectural s’appuie sur une logique modulaire, pensée pour durer. Quel bilan tirez-vous aujourd’hui de cette stratégie dans l’usage quotidien ?
G.S.: Dès la conception, nous avons prévu des extensions possibles, notamment dans les secteurs où nous anticipons une croissance : les patients chroniques, l’oncologie, la gériatrie, la santé mentale, l’ambulatoire au sens large. Tous ces scénarios ont été intégrés. Nous savons exactement où et comment construire si un jour il faut augmenter les capacités. Les amorces sont prêtes.
Quel a été pour vous le moment le plus marquant de cette décennie de projet ?
G.S.: Il y en a plusieurs… C’est une succession de moments forts : le premier coup de pelle, bien sûr, l’arasement du terril qui marquait vraiment le départ, l’instant où nous avons enterré un écrin de souvenirs où chaque membre du personnel a glissé quelque chose dans un cube de béton placé sous le hall… Il y a une plaque aujourd’hui pour signaler cet endroit. Et puis, évidemment, les quatre jours du déménagement. Trente ambulances, des centaines de patients transférés : des mamans, des bébés, des personnes âgées, des grands brûlés… C’était une énergie collective incroyable. Je me souviens aussi de l’annonce du financement, avec ce « ok » qui validait tout. Chacun de ces moments a compté et ça a été une véritable aventure.
Vous portez aussi une ambition académique et de recherche. Comment ce nouveau cadre permet-il de renforcer cette dimension ?
G.S.: Il faut distinguer deux choses : nous ne sommes pas ni une université ni un hôpital académique et nous n’avons pas vocation à le devenir. En revanche, nous menons clairement des projets de recherche. Nous avons des pôles d’excellence en oncologie, en cardiologie, en dermatologie, pour ne citer que ceux-là. Beaucoup de jeunes médecins veulent aujourd’hui pouvoir allier activité clinique et recherche, sans forcément entrer dans une carrière académique. Ils veulent pouvoir participer à des études, à des essais, réfléchir, publier… Et ici, ils trouvent un cadre souple, stimulant. Nous avons certes moins de budget que les hôpitaux académiques, mais quand un bon projet émerge, nous trouvons les moyens de le soutenir. En oncologie par exemple, cela permet aux patients d’avoir accès aux molécules les plus récentes. C’est une vraie valeur ajoutée.
En 2017, vous appeliez à dépasser l’hospitalo-centrisme. En 2021, vous évoquiez la nécessité de structurer les coopérations avec les acteurs du territoire. Aujourd’hui, après l’ouverture de ce nouvel établissement, quelle est selon vous la prochaine étape ?
G.S.: Nous ne nous sommes pas contentés d’en parler : nous avons agi ! J’ai un adjoint dédié à ces sujets qui travaille tous les jours à tisser des liens avec les maisons de repos, les soins à domicile, le secteur du handicap… Nous avons mis en place des protocoles, y compris informatisés, pour assurer la continuité des soins. Nous avons accueilli certains de ces acteurs dans nos locaux à Notre-Dame. Nous coopérons avec le CPAS, la santé mentale, le handisport, l’aide sociale… Cela rejoint le concept de « santé positive », que nous défendons depuis plusieurs années : voir le patient non seulement dans sa globalité médicale, mais aussi dans son environnement social, familial, professionnel. Ce n’est pas financé aujourd’hui, ce n’est pas toujours favorisé, mais nous sommes convaincus que c’est la bonne voie. Et à chaque fois que nous pouvons avancer d’un pas dans ce sens, nous le faisons…
Une version plus étendue de cette interview a été publiée précédemment dans Architectures Hospitalières.
Copyright images: Klaas Verdru – image principale: Sweco
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