
Comment un village peut-il grandir sans perdre son identité ?
Les grandes transitions spatiales ne concernent pas uniquement les villes. Les villages sont eux aussi confrontés aux besoins en logements, au changement climatique, à l’accessibilité, au vieillissement de la population et à la cohésion sociale. Pourtant, ils sont encore trop souvent considérés comme des lieux qu’il faudrait soit préserver, soit faire évoluer selon des modèles urbains. Aucune de ces deux réponses ne suffit.
Les villages ont besoin de leur propre modèle de développement : sélectif, ancré dans le paysage et axé sur la proximité. Dans cet Expert Talk, Arnout Vandenbossche, Berno Bosch et Hans Tindemans, experts Sweco en développement territorial et en identité villageoise, expliquent comment renouveler les villages sans effacer ce qui fait leur singularité.
Le village comme échelle stratégique de transition
Les villages sont des cadres de vie à part entière, avec leur propre logique spatiale : une relation directe entre le centre et le paysage, des réseaux sociaux de proximité, une échelle reconnaissable et des équipements souvent fragiles mais essentiels. C’est précisément pour cette raison qu’ils constituent une échelle stratégique pour la transition spatiale.
La question n’est pas de savoir si les villages vont changer. Ils changent déjà. Les ménages sont plus petits, les besoins en logement plus diversifiés, la mobilité évolue et les effets de la chaleur, de la sécheresse et des inondations deviennent tangibles. La véritable question est de savoir si nous laissons cette évolution se produire comme une somme de projets isolés ou si nous l’orientons à partir d’une vision partagée du village dans son ensemble.
Le développement territorial commence par ce qui est nécessaire pour renforcer l’ensemble du village. À Ten Aard (Geel), par exemple, la reconversion du site historique des Bloemmolens sert non seulement à créer de nouveaux logements, mais aussi à recréer un cœur de village. Les différents volumes prolongent la trame existante, tandis que la place du village, le Bloemenpark, la digue du canal et le passé industriel portent l’identité collective et forment l’ossature publique du développement.



« À Ten Aard, nous avons utilisé le développement territorial prévu pour recréer un cœur de village, avec des espaces publics qui relient le village existant au nouveau quartier. »
Arnout Vandenbossche, urbaniste chez Sweco
L’identité villageoise n’est pas une image, mais une relation
Un village ne devient pas « villageois » par le choix de matériaux de façade, de toitures inclinées ou d’un langage architectural nostalgique. L’identité villageoise naît des relations entre les bâtiments et le paysage, entre l’espace public et les habitudes quotidiennes, entre les lieux familiers et la communauté qui les utilise. Elle se révèle dans l’échelle d’une rue, la transition d’une cour vers une place, une vue sur le paysage et la possibilité de se rencontrer naturellement.
Une conception de qualité commence donc par une lecture attentive du lieu : sa structure historique, son échelle et sa trame, son relief, son réseau bleu-vert, son patrimoine, ses itinéraires et ses usages informels. Nous avons appliqué cette approche à Sint-Joris-Weert. Des portes villageoises végétalisées rendent le centre reconnaissable, des itinéraires paysagers relient la vallée de la Dyle à la forêt de Meerdaal, et le patrimoine ainsi que les ensembles caractéristiques occupent une place centrale dans la structure spatiale en tant que porteurs d’identité. Le paysage devient une structure qui organise le centre.


« L’identité villageoise n’est pas un style que l’on peut copier. Elle naît lorsqu’un nouveau développement s’appuie sur les relations qui rendent un lieu reconnaissable et agréable à vivre. »
Hans Tindemans, planificateur stratégique chez Sweco

La proximité compte davantage que la densité
Le débat sur le développement villageois se réduit souvent à la densité : combien de logements un centre peut-il accueillir ? Mais la densité seule en dit peu sur la qualité. La proximité est un meilleur indicateur : les habitants peuvent-ils combiner naturellement logement, équipements, espaces verts, rencontres et mobilité durable ?
Une densification sélective peut soutenir les commerces, les transports publics et les services locaux, à condition de renforcer la structure existante. Dans le plan de qualité paysagère de Linden, nous associons donc une croissance ciblée à la restauration des structures historiques et paysagères, à la sécurité routière et à des lignes directrices concrètes. La croissance devient ainsi un levier de renforcement du centre, plutôt qu’une multiplication générique d’immeubles à appartements.
Les espaces publics et semi-publics soutiennent la vie villageoise
Un village tourné vers l’avenir a besoin de lieux où la vie collective peut prendre forme. Les espaces publics, mais aussi les lieux de rencontre semi-publics près de l’école, du club de sport, du commerce ou d’une terrasse jouent un rôle important. Ces « tiers-lieux » accessibles permettent à des personnes d’âges et d’horizons différents de se rencontrer de manière informelle et de passer du temps ensemble.
Cela suppose un réseau de lieux complémentaires plutôt qu’une place isolée. À Rotselaar, la mobilité, le paysage et le développement du centre s’articulent autour de trois structures : le versant de vallée, la traversée et la zone calme. Ensemble, elles composent un paysage villageois cohérent réunissant logements, espaces de jeu, espaces verts ouverts, trottoirs plus larges, parkings périphériques, cœur de village apaisé, commerces renforcés et succession de places et de lieux.
La participation fait également partie de cette infrastructure sociale. Les connaissances locales révèlent les usages informels, les lieux fragiles et les possibilités inattendues. Associer les habitants permet de faire de meilleurs choix spatiaux.


Des projets isolés à une vision à long terme
La plus grande menace pour la qualité villageoise est la fragmentation du changement. Lorsque les logements, les routes, les espaces publics et les équipements sont chacun développés selon leur propre logique, la cohérence qui rend un village reconnaissable disparaît.
Une vision à long terme est donc essentielle. Les masterplans et les plans de qualité paysagère doivent se traduire dans les instruments d’aménagement, les lignes directrices, le phasage et l’accompagnement des équipes de conception. À Sint-Joris-Weert, les ambitions et stratégies spatiales ont ainsi été converties en principes d’aménagement concrets pour les axes centraux végétalisés, les itinéraires paysagers et les ensembles caractéristiques, afin de préserver la vision jusque dans la mise en œuvre. La vision spatiale s’inscrit dans le projet plus large « Sint-Joris-Weert Transformeert ». Le plan de qualité paysagère combine densification et équipements dans un centre accessible, espace public plus sûr et préservation des espaces ouverts environnants.
L’approche de Sweco relie espaces bâtis et ouverts, mobilité, écologie, gestion de l’eau, patrimoine, faisabilité financière, procédures et gestion des parties prenantes. Le développement territorial consiste en effet à organiser les investissements publics et privés autour d’une vision d’avenir partagée.


La boussole villageoise : huit principes pour le développement territorial des villages
- Lire ce qui existe déjà. Cartographiez le paysage, le patrimoine, l’échelle et les usages quotidiens avant de faire de nouveaux choix. Partez de l’ADN unique du village.
- Préserver ce qui a de la valeur. Protégez les espaces ouverts, le patrimoine, les structures reconnaissables et les équipements qui façonnent l’identité et la qualité de vie du village. Le patrimoine doit aussi devenir un levier de développement villageois qualitatif et tourné vers l’avenir.
- Reconnecter ce qui est fragmenté. Reliez les lieux publics, les équipements, les mobilités actives et le paysage environnant. Outre les liens historiques, explorez aussi de nouvelles perspectives d’avenir.
- Renforcer ce qui crée de la proximité. Investissez d’abord dans l’espace public, les fonctions locales et les lieux de rencontre qui soutiennent la vie quotidienne. Considérez le village comme un maillon d’un réseau de centres qui se complètent et se renforcent.
- Ajouter de manière ciblée. N’introduisez de nouveaux logements et fonctions que là où ils renforcent clairement le centre et ses équipements. Des pratiques de construction adaptées au village sont essentielles.
- Améliorer la qualité de vie par l’adaptation climatique. La désimperméabilisation, la végétalisation et une meilleure gestion de l’eau créent un espace public plus qualitatif et renforcent la vitalité sociale et spatiale du village.
- Placer les personnes au centre. La collaboration avec les habitants, les autorités locales et les autres acteurs permet un processus partagé, en phase avec les besoins, les possibilités et les ambitions réels du village.
- Garantir la qualité jusqu’à la réalisation. Ancrez la vision commune dans les instruments, le phasage, la coopération et l’accompagnement à long terme.


Ni conservation ni urbanisation, mais une transformation ciblée
Des villages comme Ten Aard, Sint-Joris-Weert, Linden et Rotselaar appellent chacun une réponse différente. Leurs principes sont transposables, mais la conception reste sur mesure. Nous ne devons pas figer les villages pour préserver leur identité, ni les faire évoluer selon des modèles urbains.
Nous devons orienter le changement afin de renforcer à la fois la proximité et l’identité, de restaurer la relation entre le village et le paysage, de soutenir les équipements et de permettre de nouvelles formes d’habitat.
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