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CDCL-Allegra

23/02/2026

Temps de lecture :12min

Sweco Belgium

Lorsque la circularité échoue, c’est généralement la donnée qui fait défaut 

L’économie circulaire est souvent présentée comme un défi matériel : de meilleurs produits, des technologies de recyclage plus performantes, une conception plus réfléchie. Pourtant, dans la pratique, les ambitions circulaires échouent à maintes reprises, non pas parce que les matériaux se dégradent ou que les technologies sont insuffisantes, mais parce que l’information fait défaut. À travers les secteurs de l’industrie, de la fabrication et de l’environnement bâti, les résultats circulaires sont systématiquement compromis par des données manquantes, fragmentées ou non normalisées. Il en résulte un paradoxe persistant : des matériaux techniquement réutilisables sont déclassés en déchets, les bâtiments consomment bien plus de ressources que prévu, et les produits vieillissent en silence sans générer les signaux nécessaires à l’amélioration.

Autrement dit, la circularité n’échoue pas uniquement au niveau matériel. Elle échoue aussi au niveau des données.

Bâtiments et produits comme systèmes muets en matière de données

Malgré l’ère des soi-disant « villes intelligentes », la plupart des bâtiments restent fondamentalement dépourvus d’intelligence. Ils consomment de l’énergie, régulent les environnements intérieurs et vieillissent structurellement, mais le font dans le silence. Des questions élémentaires, comment un bâtiment a performé lors des récentes vagues de chaleur, comment les conditions intérieures ont évolué dans le temps, ou comment la consommation énergétique se compare aux attentes, restent souvent sans réponse. Dans de nombreux cas, ces informations n’existent tout simplement pas ou ne sont pas accessibles. Les bâtiments fonctionnent comme des boîtes noires, alors même que nous passons la majeure partie de notre vie à l’intérieur.

Ce problème concerne chaque composant du bâtiment. Les systèmes de chauffage s’encrassent progressivement sans avertissement, les composants vieillissent de manière inégale selon le climat et l’usage, et les produits s’éloignent de leurs performances initiales sans laisser de trace. Une fois livrée, l’intelligence est en quelque sorte figée. Le système conserve très peu de mémoire de l’apparition des problèmes et dispose d’une capacité limitée à expliquer la dégradation des performances.

Les systèmes numériques se comportent de manière très différente. Lorsque des logiciels se dégradent, des journaux enregistrent les événements, les erreurs génèrent des retours d’information, et les ingénieurs peuvent analyser les défaillances, mettre à jour les systèmes et améliorer les performances. L’apprentissage est intégré à l’architecture elle-même. À l’inverse, la plupart des produits physiques sont conçus de manière à rendre l’apprentissage structurellement impossible. Sans visibilité, l’amélioration devient un exercice de conjecture. Sans boucles de rétroaction, l’optimisation circulaire ne peut se faire de manière systématique.

La circularité exige l’apprentissage, pas la perfection à la livraison

Ce silence structurel explique pourquoi l’économie circulaire ne peut être réduite à un meilleur recyclage. Fondamentalement, la circularité repose sur la conservation de la valeur dans le temps : maintenance, réparation, mise à niveau et réutilisation. Pour y parvenir, il faut des systèmes capables d’observer leur propre comportement tout au long de leur cycle de vie.

Un système apprenant n’est pas parfait au moment de la livraison ; il s’améliore en continu en éliminant les gaspillages, de matériaux, d’énergie et d’efforts, pendant l’usage. Cette logique sous-tend des concepts tels que le Product-as-a-Service, la modularité et la conception en vue du démontage. Cependant, sans données issues de la phase d’utilisation, ces principes restent abstraits et ne se traduisent pas en réalités opérationnelles.

La circularité implique donc un changement fondamental de philosophie de conception : passer de biens statiques à des systèmes adaptatifs, et d’une optimisation ponctuelle à un apprentissage continu.

Sweco

Le goulot d’étranglement caché : la fragmentation plutôt que l’interopérabilité

Si l’économie circulaire est si convaincante en théorie, pourquoi peine-t-elle encore à se déployer à grande échelle dans la pratique ? La réponse réside dans un goulot d’étranglement structurel rarement abordé : la fragmentation. 

Chaque organisation définit la circularité à sa manière. Chaque plateforme utilise ses propres indicateurs et formats de fichiers. Chaque certification introduit sa propre terminologie. Les données circulaires sont générées partout, par des capteurs, dans des usines, des outils d’achat ou des analyses de cycle de vie mais presque aucune n’est interconnectée. Nous collectons des données, mais nous n’en tirons pas d’enseignements. Nous parlons de circularité, mais nous la mesurons rarement d’une manière permettant une compréhension partagée ou une action coordonnée. 

Cette situation rappelle fortement la logistique mondiale avant l’introduction du conteneur maritime. Les marchandises étaient manipulées différemment dans chaque port, reconditionnées à chaque transfert et retardées pendant des semaines. Le commerce mondial ne s’est pas développé grâce à des navires plus rapides ou à de meilleurs ports, mais grâce à une innovation simple : un conteneur standard adapté partout. Le conteneur n’a pas changé ce qui était transporté, mais la manière dont la coordination s’opérait. 

Aujourd’hui, l’économie circulaire est confrontée au même problème. Nous n’avons pas besoin de davantage de projets pilotes ou de tableaux de bord isolés. Nous avons besoin d’un protocole commun. 

La semaine dernière, je me trouvais dans mon bureau face à ce qui semblait être une question simple :
quel avait été l’historique des températures et de l’humidité dans cette pièce durant l’été ? 

 

Je ne cherchais pas une prouesse technologique, mais simplement des données de base pour comprendre comment le bâtiment avait réagi aux dernières vagues de chaleur. Après une série d’e-mails et plusieurs impasses, j’ai dû renoncer. C’est alors que l’ironie m’a frappé. Nous vivons à l’ère des « villes intelligentes », et pourtant les bâtiments dans lesquels nous passons 90 % de notre vie restent de véritables boîtes noires. Il est temps que cela change. 

Jeannot Schroeder, CEO +ImpaKT, part of Sweco

Les données manquantes comme amplificateur de risque systémique

Les conséquences de la fragmentation des données ne sont pas théoriques ; elles influencent des décisions concrètes sur les chantiers et dans les chaînes d’approvisionnement. Dans la construction circulaire, les matériaux récupérés sont souvent spécifiés sur la base de déclarations circulaires. Pourtant, lors du démontage, des incertitudes surgissent fréquemment quant aux traitements historiques ou à la présence éventuelle de contaminants. En l’absence de données crédibles et normalisées, des matériaux techniquement réutilisables sont requalifiés en passifs, et l’élimination devient la décision rationnelle. 

Prenons l’exemple du bois traité. Des recherches montrent que, dans de nombreux flux de bois récupéré, les contaminants sont dépendants de la profondeur et peuvent être éliminés lors de processus standard de reconditionnement. D’un point de vue technique et écologique, le matériau de base est donc apte à la réutilisation. Cependant, les seuils réglementaires et les cadres décisionnels restent orientés vers le traitement des déchets plutôt que vers des formes de réutilisation à plus forte valeur ajoutée. Les praticiens se retrouvent ainsi dans une zone grise entre « potentiellement dangereux » et « non formellement encadré ». 

Cela crée un biais structurel. Les données manquantes se comportent comme un polluant dans les systèmes décisionnels. Elles augmentent la perception du risquebloquent des voies de réutilisation pourtant viables et poussent systématiquement les acteurs vers des résultats linéaires. Le risque n’est pas éliminé ; il est déplacé, souvent vers les entrepreneurs ou les autorités de contrôle, qui optent pour la solution la plus sûre : l’incinération. La circularité n’échoue pas parce que les matériaux sont inadéquatsmais parce que l’information ne survit pas au-delà du moment de la vente. 

La normalisation comme infrastructure circulaire

Si la fragmentation constitue le goulot d’étranglement, la normalisation est l’infrastructure qui permet de le lever. La circularité ne peut se développer que lorsque les données deviennent un langage commun, lorsque les attributs circulaires des produits sont décrits une seule foisinterprétés de manière cohérente et vérifiés tout au long de la chaîne de valeur. 

C’est précisément le rôle de la Product Circularity Data Sheet (PCDS), formalisée dans la norme ISO 59040 et co-développée par l’équipe SWECO du Luxembourg. La PCDS fournit un ensemble de données normalisées décrivant les principaux attributs de circularité, tels que la réparabilité, la séparabilité, l’usage suivant, les cycles continus, la santé des matériaux et la transparence. Il est important de souligner qu’elle ne prescrit pas de solutions de conception ; elle normalise l’information. 

À l’instar du conteneur maritime, la PCDS transforme non seulement ce qui est échangé, mais aussi la manière dont l’information est structurée de façon standardisée. Une fois les données circulaires normalisées, une boucle de transformation devient possible : les données génèrent des connaissances, ces connaissances orientent les décisions de conception, et ces décisions rendent possibles des modèles économiques circulaires viables à long terme. La circularité passe ainsi d’un exercice de conformité à un véritable système d’apprentissage. 

Du conteneur de données au moteur décisionnel

Les données normalisées, à elles seules, ne suffisent pas ; elles doivent être traduites en décisions opérationnelles. C’est là que des outils tels que CircularTracker jouent un rôle clé. Fondé sur les données PCDS, CircularTracker convertit des informations  normalisées en une évaluation complète et comparable de la circularité des produits. Un indice global est complété par des sous-indicateurs détaillés portant sur les ressources, l’usage prolongé, la séparabilité, l’usage suivant, les cycles continus, la santé environnementale et la transparence.

La force de cette approche ne réside pas dans la production d’un score unique, mais dans la possibilité de comparaison et de rétroaction. Les concepteurs peuvent évaluer l’impact des choix de conception sur la performance circulaire avant la production.  Les fabricants peuvent comparer différentes générations de produits dans le temps. Les clients publics et privés peuvent définir des seuils minimaux de circularité et en vérifier objectivement le respect. La circularité devient mesurable, vérifiable et améliorable. 

En ce sens, CircularTracker ne fonctionne pas uniquement comme un outil de reporting, mais comme un moteur décisionnel intégré dans une architecture d’apprentissage plus large. 

CircularTracker

Le mandat circulaire

La question à laquelle l’économie circulaire est aujourd’hui confrontée n’est plus de savoir si des matériaux circulaires existent, c’est manifestement le cas. La véritable question est de savoir si nos infrastructures d’information sont suffisamment matures pour permettre à ces matériaux de survivre aux décisions du monde réel. Tant que les bâtiments resteront muets en matière de données, que les produits resteront sans mémoire et que les données circulaires demeureront fragmentées, la circularité continuera d’échouer silencieusement, par défaut.  Le véritable mandat de l’économie circulaire n’est donc pas la perfection à la livraison, mais l’intelligence dans le temps : concevoir des systèmes capables de s’observer, d’apprendre de l’usage et de s’améliorer en continu. Lorsque les bâtiments cessent d’être stupides, la circularité cesse d’être fragile.

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