
Le sol, fondation de la ville de demain
Comment transformer un site industriel lourdement impacté en un quartier urbain durable et résilient face au climat ?Sur l’ancien site de Coronmeuse à Liège, nos experts ont fait le choix de s’éloigner d’une approche classique d’assainissement des sols pour restaurer un sol vivant et fonctionnel. L’architecte paysagiste Kobe Vanhaeren explique comment la restauration des sols, la gestion de l’eau et l’espace public s’articulent au sein d’une vision intégrée et cohérente. Ce projet démontre comment l’expertise en matière de sols peut devenir un levier stratégique pour les villes et les développeurs désireux de miser sur la qualité, l’adaptation climatique et la faisabilité.
Coronmeuse: un site historique aux défis complexes
La presqu’île de Coronmeuse possède une longue histoire. En 1930, elle a accueilli l’Exposition universelle célébrant le centenaire de l’indépendance belge. Pendant des décennies, le site est resté une zone industrielle et logistique stratégique, laissant une empreinte profonde sur la qualité des sols. Lorsque Liège a posé sa candidature pour l’organisation d’une exposition internationale en 2017, Coronmeuse a été désigné comme site potentiel. Bien que l’Expo n’ait finalement pas eu lieu à Liège, l’ambition est restée intacte : développer le site en un écoquartier durable et exemplaire. Le consortium Néolegia a été chargé de concrétiser cette vision.
Le défi était de taille. Sweco a joué un rôle de véritable trait d’union entre la technique, la conception et les cadres politiques. Le site de 25 hectares se composait en grande partie de remblais, de gravats et de couches affectées par des pollutions historiques, notamment par des métaux lourds et des des pollutions résiduelles liées aux carburants et aux activités industrielles. Parallèlement, le futur quartier devait offrir un espace public de qualité, intégrant parcs, aires de jeux, liaisons cyclables et infrastructures vertes résilientes face au climat.
Le sol est encore trop souvent perçu uniquement sous un angle négatif : pollution, assainissement, risques. Or, un sol est avant tout un système vivant. À Coronmeuse, nous sommes partis d’une question simple : comment permettre à ce système de retrouver son fonctionnement.
Kobe Vanhaeren, architecte paysagiste
Pourquoi l’assainissement classique ne suffisait pas — et ce qui a réellement fonctionné
Une approche traditionnelle d’assainissement intégral s’est révélée difficilement envisageable, tant sur le plan financier que pratique. L’excavation complète et le remplacement des sols auraient non seulement largement dépassé le budget disponible, mais auraient aussi nécessité des volumes considérables de terre végétale de qualité pour reconstituer le sol — une ressource tout simplement indisponible à cette échelle.
Un autre choix stratégique s’est donc imposé : recourir à l’assainissement classique uniquement là où cela s’avérait nécessaire, tout en valorisant au maximum les sols non pollués présents sur le site et en les réactivant sur le plan écologique. Cette décision s’est appuyée sur une analyse comparative approfondie de plusieurs scénarios, menée par Sweco en collaboration avec le maître d’ouvrage, afin de trouver le juste équilibre entre performance écologique, maîtrise des coûts et faisabilité opérationnelle.
Les études de sol ont en effet montré que les terres existantes ne présentaient pas uniquement des caractéristiques négatives. Leur structure pierreuse offrait une bonne portance et une porosité suffisante pour la circulation de l’air et le développement racinaire. De plus, le sol contenait encore de la matière organique et des nutriments. Le véritable problème se situait ailleurs : le sol avait perdu l’essentiel de sa vie biologique à la suite des pollutions historiques.
« Un sol dépourvu de vie biologique perd une grande partie de ses fonctions écologiques », explique Kobe. « Même s’il est chimiquement riche, les plantes peinent à absorber les nutriments. Les bactéries, champignons et autres organismes indispensables à ces processus étaient presque totalement absents. »

Réactiver la vie du sol à partir des ressources locales
Nos experts ont donc mis l’accent sur la restauration de l’écosystème microbiologique du sol. Les matières organiques issues du site, telles que les résidus de taille et les déchets verts, ont été autant que possible traitées et compostées localement. Ce choix était délibéré : les micro-organismes provenant du même environnement sont souvent mieux adaptés aux conditions spécifiques de sol, d’eau et de climat de la vallée de la Meuse.
À partir de ce compost local, des extraits de compost ont ensuite été produits. Ces extraits, obtenus en mélangeant du compost local avec de l’eau, ont été utilisés pour stimuler progressivement la vie du sol dans les couches superficielles et relancer l’activité biologique.
Des amendements organiques ciblés ont également été appliqués, notamment compost de déchets verts et du fumier de cheval bien mûr. Cette combinaison a permis non seulement de renforcer la vie du sol, mais aussi d’améliorer sa structure et l’équilibre en nutriments. Le compost vert commercial n’étant pas encore totalement stabilisé, le fumier de cheval a joué un rôle essentiel de régulation, contribuant à un rapport carbone-azote plus équilibré et à une libération progressive des nutriments au bénéfice du sol vivant.
Pour nos équipes, il s’agissait d’un processus intensif de recherche et d’apprentissage, mené en étroite collaboration avec des spécialistes des sciences du sol, de l’agriculture et de la fertilisation. En réunissant experts du sol, architectes paysagistes, gestionnaires de l’eau et ingénieurs, ces connaissances ont pu être traduites en une approche concrète et opérationnelle sur le terrain.
Nous avons réalisé ici une version 1.0. Aujourd’hui, nous appliquons déjà ces mêmes principes dans d’autres villes, avec toujours plus de connaissances et d’efficacité. Cela devient essentiel si nous voulons lier nos projets d’infrastructure à des sols sains et à des infrastructures vertes résilientes face au climat.
Kobe Vanhaeren, architecte paysagiste
L’eau comme élément structurant
La restauration des sols s’inscrivait pleinement dans la vision climatique et paysagère plus large de Coronmeuse. La conception de l’espace public reposait sur le renforcement du réseau bleu-vert, où la gestion de l’eau, la végétalisation et la qualité des sols étaient considérées comme un système intégré.
Le quartier a été conçu pour retenir et infiltrer au maximum les eaux de pluie sur place. Noues, fossés ouverts, bassins d’infiltration et dispositifs de ralentissement des écoulements permettent à l’eau de pluie de ne pas être évacuée vers les égouts, mais de s’infiltrer à nouveau dans le sol. Des systèmes d’injection souterrains et des revêtements perméables complètent cette approche.
Cette stratégie joue un rôle clé dans le fonctionnement du sol. En retenant l’eau de pluie localement et en favorisant son infiltration contrôlée, des conditions sont créées permettant au sol de se restaurer et de se développer progressivement. L’eau devient ainsi non seulement un enjeu technique, mais aussi du système paysager et urbain, contribuant directement à la résilience de l’espace public.
Une approche qui fonctionne aussi sur le plan économique
Les bénéfices de cette approche ont rapidement été visibles sur le terrain. Là où les développeurs se montraient initialement sceptiques face aux investissements dans l’amélioration des sols, l’impact sur la qualité paysagère s’est avéré significatif.
« Planter des arbres dans un sol qui ne fonctionne pas conduit à une croissance faible et à un taux de mortalité élevé », explique Kobe.
« À Coronmeuse, sur environ 500 arbres plantés à ce jour, seuls deux n’ont pas survécu. Un résultat tout à fait exceptionnel. »
Sur le plan financier également, l’approche s’est révélée convaincante. La reconstruction active des sols n’a coûté qu’une fraction du prix d’une stratégie classique d’excavation et de remplacement.
« La restauration des sols devient alors non seulement écologiquement pertinente, mais aussi économiquement réalisable pour les pouvoirs publics et les développeurs », conclut Kobe.
Une expertise transposable à d’autres projets
Coronmeuse démontre que la restauration des sols n’est pas une approche de niche, mais un choix stratégique pour les villes qui investissent dans l’adaptation climatique, la qualité de vie et des espaces publics durables. En intégrant le sol dès les premières phases de conception et de décision, il devient possible de développer des solutions à la fois écologiquement performantes, techniquement robustes et financièrement viables.
Ce projet a montré qu’avec un regard différent et réfléchi sur le sol, on peut accomplir beaucoup plus. Non pas en tout excavant, mais en reconstruisant ce dont le sol a besoin pour fonctionner.
Les enseignements tirés de Coronmeuse sont aujourd’hui appliqués à d’autres projets de renouvellement urbain, d’infrastructures et de paysages adaptatifs face au climat. Sweco y associe systématiquement son expertise en matière de sols à la qualité du design, à la maîtrise des coûts et aux cadres politiques, en tenant compte des conditions spécifiques de chaque site et dans une perspective de durabilité à long terme.
Photos ©Faye Pynaert
Vous faites face à des enjeux comparables en matière de qualité des sols, d’adaptation climatique ou de reconversion de sites complexes ?
Les experts de Sweco réfléchissent volontiers avec vous — de la première analyse à un projet réalisable et largement soutenu. Contactez-nous et découvrez tout ce qu’un sol vivant peut apporter à votre projet.
Equipe sol
Coronmeuse
- Eva Recio Rodriguez – architecture paysagère
- Hélène Rillaerts – urbanisme
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