
Pourquoi les incendies de forêt deviennent aussi un défi pour la Belgique
Les feux de forêt et de végétation sont souvent associés à l’Europe du Sud, à la Californie ou à l’Australie. Pourtant, la Belgique et la Flandre prennent également conscience que les risques liés aux feux de végétation deviennent de plus en plus importants. Des périodes de sécheresse plus longues, la hausse des températures et des conditions météorologiques plus extrêmes font que ces incendies ne constituent plus un phénomène lointain.
Selon les experts, il devient urgent de mieux préparer les infrastructures critiques, les bâtiments et les communautés à cette nouvelle réalité. Les feux de végétation ne sont plus uniquement un problème environnemental : ils représentent désormais un véritable défi en matière de gestion des situations d’urgence, d’adaptation au changement climatique et de sécurité incendie, avec des risques non seulement dans les zones forestières, mais aussi dans les environnements urbains.
Le changement climatique accroît le risque de feux de végétation
Le changement climatique joue un rôle central dans l’augmentation des risques de feux de végétation. La température moyenne mondiale augmente d’environ 0,25 °C par décennie, tandis que le réchauffement est près de deux fois plus rapide en Europe. Des températures plus élevées et des périodes de sécheresse prolongées assèchent davantage la végétation, la rendant plus facilement inflammable.
Les régimes météorologiques évoluent également. Les précipitations deviennent plus intenses et moins régulièrement réparties, tandis que les longues périodes de sécheresse sont de plus en plus fréquentes. En conséquence, la saison propice aux feux de végétation s’allonge considérablement.
Cette combinaison d’une végétation plus sèche, de vagues de chaleur plus longues et de conditions météorologiques plus extrêmes augmente le risque d’incendies se propageant rapidement et ayant un impact majeur sur leur environnement.

Les feux de végétation représentent également un risque pour les infrastructures et les entreprises
Les conséquences des feux de végétation ne se limitent pas aux espaces naturels. Les infrastructures critiques et les activités économiques sont elles aussi de plus en plus exposées. Les lignes à haute tension, les infrastructures énergétiques, les réseaux de transport et les sites industriels sont souvent situés dans ou à proximité de zones naturelles. Un incendie majeur peut ainsi provoquer des coupures d’électricité, des perturbations opérationnelles et des pertes économiques importantes pour les entreprises comme pour les ménages. À l’inverse, ces sites peuvent également aggraver les conséquences d’un incendie sur leur environnement et entraîner des effets en cascade.
Par ailleurs, les habitations, les établissements de soins et d’autres bâtiments sont de plus en plus intégrés dans des environnements verts ou forestiers. Si cette évolution améliore la qualité de vie, elle crée également de nouveaux risques lorsque la nature et les zones bâties se rapprochent. Pour les hôpitaux, les maisons de repos et les autres infrastructures sensibles, la planification des évacuations et la continuité opérationnelle deviennent dès lors des enjeux essentiels.
D’une approche réactive à une gestion proactive des situations d’urgence
Traditionnellement, la gestion des feux de végétation se concentrait principalement sur l’intervention et la lutte contre l’incendie. Aujourd’hui, cette approche évolue vers une stratégie axée sur la résilience, fondée sur un cycle continu de prévention, de gestion des risques, de réponse et de rétablissement.
Une approche intégrée de la gestion des feux de végétation comprend notamment :
- l’analyse des risques dans les zones exposées aux feux de végétation
- la mise en œuvre de mesures préventives pour les zones et infrastructures critiques
- l’élaboration de plans d’évacuation et de gestion de crise
- la conception de bâtiments et d’environnements résistants au feu
- l’analyse de scénarios et la préparation aux situations d’urgence
- la collaboration entre les autorités publiques, les services de secours et les gestionnaires d’infrastructures
Pour les organisations, cela signifie que les risques liés aux feux de végétation doivent être intégrés dans des stratégies plus larges en matière de climat et de sécurité, élaborées en concertation avec l’ensemble des parties prenantes.

La sécurité incendie dans un climat en mutation
L’augmentation des risques de feux de végétation démontre que la sécurité incendie dépasse aujourd’hui le cadre traditionnel des bâtiments. L’aménagement du territoire, le paysage, les connexions entre les infrastructures, l’interface entre les bâtiments et la nature, ainsi que les effets du changement climatique jouent un rôle de plus en plus déterminant. Cette réalité est apparue de manière frappante lors du phénomène appelé urban wildfire à Londres, où un feu de végétation en milieu urbain a entraîné la destruction de 19 habitations.
Des pays comme les États-Unis, le Canada et l’Australie investissent depuis de nombreuses années dans des stratégies spécialisées de gestion des feux de végétation. En Belgique, cette prise de conscience est encore moins avancée, mais les premiers signaux montrent que la demande d’expertise ne cesse de croître.
La combinaison de l’adaptation au changement climatique, de la gestion des situations d’urgence et de la sécurité incendie devient donc de plus en plus essentielle pour les autorités publiques, les gestionnaires d’infrastructures, les établissements de soins et les entreprises actives dans ou à proximité des espaces naturels.
« Les feux de végétation ne sont plus un scénario d’avenir limité à l’Europe du Sud ou à l’Amérique du Nord. En Belgique aussi, nous devons dès aujourd’hui réfléchir à la manière de rendre nos infrastructures, nos bâtiments et nos communautés plus résilients face à un climat en mutation. La prévention, la préparation et une gestion intégrée des situations d’urgence seront déterminantes. »
Michiel De Rop, Ingénieur en sécurité incendie
Se préparer à un nouveau profil de risque
Les feux de végétation deviendront également plus fréquents en Europe du Nord-Ouest. Cette évolution exige non seulement des capacités d’intervention adaptées, mais aussi une approche fondamentalement différente de l’aménagement du territoire, des infrastructures et de la sécurité.
En investissant dès aujourd’hui dans la prévention, l’analyse des risques et une gestion intégrée des situations d’urgence, les organisations peuvent renforcer leur résilience et limiter les impacts futurs. Les feux de végétation ne constituent plus uniquement un enjeu écologique, mais également un défi stratégique en matière de sécurité, de continuité des activités et de résilience climatique.
Par ailleurs, ces risques ne se limitent plus aux espaces naturels. Les urban wildfires, tels que les incendies d’accotements, de parcs ou de terrains privés, démontrent que les feux de végétation peuvent également se propager en milieu urbain. Comprendre cette évolution est essentiel pour évaluer correctement les risques actuels et y répondre de manière efficace.

Michiel De Rop
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