
Comment la participation a fait basculer le projet du canal Bossuit–Courtrai
Le canal Bossuit–Courtrai constitue une artère stratégique du réseau de navigation intérieure reliant la Flandre, la Wallonie et le nord de la France, tout en étant un dossier resté sous tension pendant de nombreuses années. Afin de permettre le passage de bateaux de 3 000 tonnes, une revalorisation importante s’imposait.
Cependant, ce qui semblait logique d’un point de vue technique ne l’était pas forcément sur le plan sociétal. Le projet a rencontré un soutien limité, freinant son avancement. Le processus a donc été repensé : il ne s’agissait plus uniquement de résoudre une problématique technique, mais aussi de considérer la relation du projet avec son environnement. La participation est alors devenue un levier essentiel pour évoluer vers une approche plus intégrée et mieux acceptée.
Une voie navigable relancée grâce à une approche intégrée
Au départ, le projet était conçu comme un dossier nautique classique, visant l’adaptation du canal aux bateaux de classe Va. Cette approche s’est révélée trop restrictive. Les plans étaient jugés trop techniques et insuffisamment ancrés dans le cadre de vie.
De Vlaamse Waterweg nv et la ville de Courtrai ont dû faire un choix clair : arrêter le projet ou le repenser en profondeur. Ils ont opté pour une relance, avec une approche intégrée combinant infrastructure hydraulique et contexte urbain.
« Nous avons vu cette revalorisation comme un levier de développement territorial », explique Annelies Anthierens, Business Unit Manager Ports & Waterways chez Sweco. « Les deux pouvaient aller de pair. Nous avons tiré les leçons du passé pour éviter de répéter les mêmes erreurs. »
Le focus s’est ainsi élargi : d’une intervention purement technique à une ambition plus large visant à renforcer la région sur les plans économique, spatial et sociétal.
La co-création comme moteur du processus
Cette nouvelle orientation s’est traduite par un processus de co-création impliquant activement habitants, parties prenantes et autorités. Ensemble, ils ont exploré les enjeux en élargissant volontairement le regard.
Outre la voie navigable, les berges, le contexte urbain et le potentiel économique ont été intégrés. Dans le cadre de l’étude intégrée PLAN B‑K, des thématiques telles que mobilité, nature, économie et adaptation climatique sont examinées conjointement.
Le canal reste le point de départ, mais son environnement devient un partenaire à part entière. Progressivement, l’attitude du voisinage a évolué d’attentiste à engagée.

Publication « Canal Bossuit–Courtrai : un projet complexe en quête de collaboration »
L’instrument des « projets complexes » est relativement récent. Sa valeur ajoutée réside dans la création d’un large soutien grâce à l’implication de différents niveaux de gouvernance, à la coopération entre domaines politiques et à une interaction continue avec la population et la société civile.
Dans cet ouvrage, Sweco partage les réussites et les difficultés de l’approche adoptée pour le projet complexe d’amélioration du canal Bossuit–Courtrai. Il permet de se mettre à la place des principaux acteurs : l’équipe Sweco, les collaborateurs de De Vlaamse Waterweg, le Département de l’Environnement et les autorités locales.
Gestion de l’environnement : privilégier le dialogue
L’approche participative n’a pas supprimé immédiatement toutes les tensions. Au contraire, les voix critiques sont restées présentes et ont été activement recherchées. « Nous accordons toujours une grande attention aux voix critiques et veillons à maintenir un contact humain chaleureux », explique Anthierens. « Nous avons par exemple visité une petite réserve naturelle avec les bénévoles qui la gèrent. Lors d’une promenade, nous avons appris à les connaître. En les abordant avec respect, nous réduisons la distance et renforçons la compréhension mutuelle. C’est ainsi qu’un lien se crée. »
En multipliant les échanges en dehors des cadres classiques et en consacrant du temps aux contacts personnels, la confiance mutuelle s’est installée. Une attention particulière a également été portée à une communication claire : l’équipe d’étude a partagé connaissances et informations sans tomber dans une complexité technique inutile, permettant aux habitants de mieux comprendre les enjeux.

Une participation fondée sur la confiance
Un aspect marquant du processus est le rôle de la vulnérabilité. « Une équipe projet doit parfois accepter de se montrer vulnérable. La recherche est toujours en cours. Ce que nous savons aujourd’hui peut être remis en question demain par de nouvelles connaissances. Cet état d’esprit est apprécié par l’environnement. Ensemble, nous devenons plus intelligents », explique Anthierens.
Cette ouverture demande de la cohérence. La participation se déploie tout au long du processus et avec les mêmes personnes, ce qui permet aux relations de se développer et à la confiance de s’instaurer. Les chercheurs deviennent des visages familiers, et les interactions gagnent en proximité et en chaleur.
Pour les ingénieurs, cela implique également une autre façon de travailler. « La participation citoyenne vous oblige, en tant qu’ingénieur de projet, à sortir de votre zone de confort. Nous avons appris à adopter une vision globale, en prenant de la hauteur sur le projet tout au long du processus », ajoutent Evert De Groote et Frank Serpentier de De Vlaamse Waterweg nv.
Un nouveau standard pour les projets complexes
En 2021, les phases d’étude ont été finalisées. Au printemps 2024, l’enquête publique relative au projet de décision de préférence du Gouvernement flamand a suivi, marquant une nouvelle phase déterminante. Le processus a déjà produit bien plus qu’une réponse purement technique. « Le principal succès du processus et de la méthodologie des “projets complexes” est la création d’une “carte des possibles” du projet », déclare Annelies Anthierens. « Elle est le fruit de la recherche par le projet, du dialogue et de la collaboration, et surtout de la mise en relation explicite du canal avec son environnement. Plus que la perspective de la réalisation en tant que telle, c’est la clarification des ambitions sociales, écologiques et économiques qui constitue la véritable valeur ajoutée. »
Cette « carte des possibles » rassemble pour la première fois les différentes opportunités d’avenir. L’espace le long et autour du canal est désormais envisagé comme un ensemble intégré. Concrètement, cela se traduit par une série de développements cohérents : finalisation du ring R8, création d’un nouveau réseau cyclable, rénovation de quartiers ouvriers urbains et aménagement d’un parc vert-bleu. Parallèlement, des efforts sont menés pour renforcer la structure naturelle en lien avec la vallée de la Lys et pour valoriser le canal lui-même.
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