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4 juin 2025

Temps de lecture :8min

Sweco Belgium

Naviguer dans la crise climatique avec des perspectives locales: Luc Bas, Cerac

Le changement climatique pose des défis sans précédent. Comprendre et aborder les risques climatiques est essentiel pour la résilience de nos sociétés et de nos économies. Sweco discute des défis et des solutions avec Luc Bas, directeur de Cerac. Ce Centre d’analyse des risques du changement climatique est dédié à l’analyse des risques climatiques et environnementaux à moyen et long terme, avec un accent sur la sécurité nationale et la résilience de la Belgique. Cerac a été créé en réponse aux inondations dévastatrices de juillet 2021.

Dans cette conversation, Luc Bas éclaire les secteurs critiques les plus vulnérables aux risques climatiques. Il discute des implications de ces risques pour les assurances et l’immobilier, soulignant l’importance de politiques proactives et de stratégies d’adaptation. De plus, M. Bas souligne les défis uniques posés par les diverses approches régionales de l’évaluation des risques climatiques en Belgique et la nécessité d’une stratégie nationale coordonnée.

Cette année, Cerac mène la Première Évaluation des Risques, une analyse approfondie des risques liés au changement climatique et à la perte de biodiversité pour la Belgique. Cette analyse se concentre sur cinq systèmes : le système alimentaire, la santé et l’humain, les infrastructures, l’économie et les finances, et les écosystèmes. Les résultats seront suivis de recommandations pour le Conseil de Sécurité Nationale.

Sweco attend avec impatience ces résultats et recommandations, afin de pouvoir les mettre en œuvre dans les différents projets durables que nous concevons, et de mieux conseiller les décideurs politiques dans le développement de leurs stratégies de résilience climatique.

Bienvenue Monsieur Bas. Selon vous, quel est le secteur présentant les plus grands risques climatiques jusqu’à présent et pourquoi?

C’est la question à un million. Nous aimerions déjà pouvoir y répondre. Bien sûr, après notre première lecture et analyse, nous avons découvert quels systèmes courent le risque le plus urgent.

Lorsque nous regardons aux secteurs au sein de ces systèmes, à présent beaucoup sont déjà au courant des risques qu’ils pourraient courir, étant affectés par les inondations ou les sécheresses dans leurs opérations. C’est une approche orientée vers les affaires. En même temps, nous voyons une pression émergente sur la santé. Le système de santé en Belgique a été étudié en profondeur.

Nous visons à tout rassembler dans notre Première Évaluation des Risques et à indiquer, par exemple dans le système de santé, où la pression serait la plus forte. Nous conclurons cela d’ici la fin de cette année. Et bien sûr pour tous les autres systèmes aussi. Donc, préjuger maintenant de quel secteur est le plus à risque – où, comment et quand – est encore prématuré. Nous voyons une certaine direction, mais nous serions en avance sur nous-mêmes si nous tirions des conclusions maintenant.

Cela dit, on peut lire l’Évaluation Européenne des Risques Climatiques, et découvrir les systèmes et secteurs qui sont sujet d’une plus grande urgence et d’une plus grande priorité à risque. Nous ne nous attendons pas à de grandes différences dans notre évaluation belge.

Quel pourrait être l’effet des politiques de gestion des risques climatiques sur les coûts d’assurance et l’immobilier?

C’est en effet le contexte de l’assurance non-vie qui pose un risque reconnaissable, et il est capturé par le secteur des assurances en Belgique. Assuralia fait beaucoup de travail à ce sujet et d’après ce que je comprends, leur analyse les informera sur la politique nécessaire et comment mettre en œuvre cette politique. Espérons qu’ils suggéreront également au gouvernement comment réglementer les futures assurances, avec des risques croissants dus à l’impact climatique. Il est donc important qu’il y ait une demande du secteur des assurances et en même temps une volonté des autorités publiques de s’adapter à une nouvelle situation.

Pour revenir à votre question précédente, c’est l’un des secteurs où il y a un risque financier clair. Si le secteur se retire de l’assurance, le risque revient alors aux finances publiques, car c’est là que les dommages devront être payés. C’est l’un des éléments sur lesquels notre centre travaille actuellement avec le Bureau Fédéral du Plan: estimer le coût de la non-adaptation ou de l’adaptation insuffisante, très spécifiquement pour les finances publiques. Donc, si les finances publiques n’investissent pas dans l’adaptation, quelles seront les conséquences?

Nous remarquons que les outils pour la Flandre et la Wallonie diffèrent, mais les risques climatiques sont interconnectés. Comment cela est-il abordé par Cerac?

Vous soulignez un défi très important pour Cerac. Dans un paysage institutionnel intéressant comme la Belgique, les risques climatiques ne s’arrêtent pas aux frontières linguistiques et non plus aux frontières nationales.

Dans ce contexte, nous voulons trouver des moyens d’aider à harmoniser une approche commune de l’évaluation des risques climatiques et à partir de là, les solutions qui en découlent. De plus, nous voulons le faire dans le respect des compétences. Les plans en Wallonie et en Flandre se développent de manière différente. Nous voyons cela sous un jour positif : les deux approches contiennent des éléments très intéressants et très positifs. L’approche flamande est très technique et très spécifique, par exemple sur le stress thermique, mais particulièrement sur les inondations, avec de très bonnes cartes.

Du côté wallon, ces cartes existent aussi, mais elles ne sont pas aussi bien développées. Ils regardent les choses de manière systémique, comment les risques sont liés les uns aux autres. Et cela manque en Flandre. Donc, ce sont des qualités complémentaires intéressantes, que nous espérons réunir.

Ce que les niveaux flamands et wallons ne feront pas, c’est donner des conseils au Conseil de Sécurité Nationale, ce que nous ferons. Nous devrons donc traduire leurs conclusions lorsqu’il s’agira de voir comment ces risques impactent notre sécurité nationale. Et nous aurons besoin de leurs informations pour le faire.

Dans un paysage institutionnel intéressant comme la Belgique, les risques climatiques ne s’arrêtent pas aux frontières linguistiques et non plus aux frontières nationales. Dans ce contexte, nous voulons trouver des moyens d’aider à harmoniser une approche commune de l’évaluation des risques climatiques et à partir de là, les solutions qui en découlent.

Luc Bas, directeur Cerac

La Belgique travaillera-t-elle bientôt sur des politiques de gestion des risques climatiques?

Avec la création de Cerac, une des politiques de gestion des risques climatiques les plus formelles a été mise en œuvre. Spécifiquement, nous sommes mis en place avec un mandat indépendant pour évaluer réellement les risques climatiques au niveau national. Nous espérons que lorsque nous identifions les risques, leur priorité et leur urgence, des solutions suivront sur le front réglementaire et dans le domaine des politiques. Très souvent, ce sont essentiellement des plans et des politiques d’adaptation. Ici aussi, les compétences sont réparties entre de nombreux niveaux : du niveau local jusqu’aux niveaux nationaux, y compris les régions et les provinces. Nous devons nous assurer que les actions sont exécutées et soutenues au bon niveau et rassembler ces différentes actions.

Il y a aussi l’effort sur le plan national d’adaptation, ce qui a été difficile à discuter entre toutes les autorités concernées en Belgique. Mais encore une fois, avec notre Centre d’analyse des risques du changement climatique, nous espérons en tant que motivateur faire avancer un plan national d’adaptation. Nous espérons également que le Conseil de Sécurité Nationale influencera la prise de décision et s’éloignera de ce qui est souvent un financement marginal pour les actions d’adaptation.

Merci encore pour vos perspectives et recommandations qui peuvent guider la Belgique vers un avenir plus durable et sécurisé.

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